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Une forêt chargée d'histoire

La forêt indivise de Haguenau est bien plus qu’une forêt. Lieu d’histoire et surtout lieu de vie, elle a créé au fil du temps un lien identitaire et émotionnel entre les habitants des communes qui la bordent et leur territoire.

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Le chêne remarquable de Mattshtal en forêt indivise de Haguenau © Nathalie Petrel / ONF

Comme un pont entre les Vosges et le Rhin, le massif forestier haguenovien, avec près de 21.000 hectares, représente par sa superficie le 6e plus important massif de plaine de France. Au cœur de la plaine d'Alsace du nord, la forêt indivise de Haguenau représente un espace naturel préservé de 13.462 hectares riche d'une biodiversité unique. Forêt de production, elle joue également un rôle majeur dans l'approvisionnement de la filière bois locale. En outre, l'identité de la plus grande forêt indivise de France s'est construite sur le socle d'un patrimoine archéologique et culturel exceptionnel, témoin des liens qui unissent les habitants du territoire à leur forêt depuis des siècles.

Aujourd'hui, la démarche Forêt d'Exception® renforce ce lien unique entre l'Homme et la forêt et lui donne une nouvelle dimension à travers un projet fédérateur et durable. Véritable outil de développement local, le label a permis la convergence des attentes des acteurs et la concrétisation de plusieurs projets porteurs de sens pour tous.

Un massif emblématique de l'Alsace du nord

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Une ripisylve en parcelle 195 de la forêt indivise de Haguenau © Anthony Viaud / ONF

D'une superficie de 13.406 hectares, la forêt indivise de Haguenau constitue l'unité forestière principale du massif forestier. Avec ses 30 km d'est en ouest et 10 km du nord au sud, cet écran végétal barre ainsi le nord de la plaine d'Alsace, et isole la région située au nord de la forêt historiquement appelée l' "Outre-Forêt".

La forme et la position géographique de la forêt de Haguenau, entre le massif Vosgien et les forêts rhénanes, lui confèrent un rôle de corridor écologique dont les enjeux en matière de biodiversité dépassent les frontières nationales. A l'interface entre les forêts résineuses du nord de l'Europe et les forêts feuillues tempérées de l'ouest de l'Europe, elle constitue la seule représentante française des forêts de type médio-européen (présence naturelle en plaine de feuillus et de résineux réunis). La richesse des milieux qu'elle héberge et la spécificité de ses peuplements forestiers en font un ensemble forestier unique en France.

Une biodiversité rare

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Un Crapaud sonneur à ventre jaune © Pierrot Jung / APFF Haguenau

Exceptionnellement préservée sur une vaste surface au cœur d'une plaine peuplée et fertile, la forêt indivise de Haguenau se caractérise d'abord par l'ancienneté de son état boisé, socle de sa valeur patrimoniale. En effet, du fait de la faible fertilité des sols et de son caractère marécageux, elle n'a jamais été défrichée.

Située sur les cônes de déjection de deux cours d'eau (la Moder et la Sauer), les sols de la forêt sont majoritairement constitués d'une couche de sable acide, sur lequel la disposition aléatoire de lentilles d'argile explique la grande diversité de stations. Les variations du sol, la microtopographie et la présence de nombreux petits cours d'eau rendus méandreux par la faible déclivité, offrent une variété d'habitats considérable : vastes dépressions peu fertiles, petites dépressions marécageuses ou tourbeuses, dunes continentales sèches, zones fertiles constituées d'alluvions récentes...

Une chauve-souris (un Oreillard roux -Plecotus auritus) dans un blockhaus en forêt indivise de Haguenau
Une chauve-souris (un Oreillard roux -Plecotus auritus) dans un blockhaus en forêt indivise de Haguenau © Nicolas Fuchs

Si son altitude reste faible (de 130 m près du Rhin et 200 m à l'ouest), le caractère submontagnard de la forêt indivise de Haguenau tranche néanmoins dans la plaine d'Alsace. Caractérisée par la présence naturelle de feuillus et de résineux en plaine, elle constitue en effet la seule forêt à caractère nordique marqué sur le territoire national. Aujourd'hui le peuplement est constitué majoritairement de Pin sylvestre et de Chênes sessiles et pédonculés.

La diversité d'habitats et la vaste superficie forestière sont propices au développement de nombreuses espèces remarquables dont certaines sur la liste des espèces protégées. Parmi les plus emblématiques, le Lucane Cerf-volant, le Crapaud sonneur à ventre jaune et le Triton crêté, le Pic noir et la Chouette de Tengmalm, le Grand Murin, ou le Dicrane vert. La quasi-totalité de la forêt est protégée au titre du dispositif Natura 2000 et les réserves biologiques dirigées et intégrales représentent six entités pour une surface totale de près de 250 ha.

L'histoire d'un massif convoité

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Carnet de fouilles de Xavier Nessel © Archives municipales de la Ville de Haguenau

A Haguenau, de nombreux vestiges archéologiques témoignent des liens historiques entre la forêt et les hommes. La forêt possède en effet l'une des plus grandes concentrations de tertres funéraires d'Europe. Regroupant près de 600 tumuli, d'environ 15 mètres de diamètre chacun, les 23 nécropoles de Haguenau constituent l'un des ensembles funéraires les plus représentatifs de l'âge du bronze et de l'âge du fer en Europe occidentale. Fouillés à la fin du XIXe siècle par Xavier Nessel, ancien maire de Haguenau, les tumuli offrent un abondant mobilier funéraire aujourd'hui conservé et valorisé au musée historique de Haguenau.

Plus tard et dès le Ve siècle, c'est l'activité religieuse qui prend une part importante dans le lien entre les hommes et la forêt. La présence d'ermites dans la forêt et la fondation de plusieurs couvents en forêt ou en lisière, lui confèrent le surnom de "Forêt Sainte". Dans la période moderne, c'est la position stratégique de la forêt vis-à-vis des deux conflits mondiaux qui explique la présence de vestiges d'une autre sorte : les vestiges militaires. En effet, la ligne Maginot a laissé derrière elle plus d'une centaine d'ouvrages qui ont été inventoriés précisément en 2018.

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Extrait de l’ordonnance royale du roi Louis XIV du 28 août 1696 fixant le statut d’indivision de la forêt © Archives municipales de la Ville de Haguenau

Mais le volet le plus emblématique de l'histoire de la forêt de Haguenau est sans aucun doute celui qui a conduit à son statut d'indivision. Le statut de l'indivision est le fruit d'un processus de négociation exceptionnel (par sa durée et le nombre de ses rebondissements) qui constitue l'une des parties les plus originales de l'histoire de la relation Homme-forêt à Haguenau. Le statut de l'indivision est acté par l'ordonnance du roi Louis XIV du 28 août 1696 qui transforme ainsi des droits d'usage pluriséculaires en un droit de propriété. Depuis cette date, la forêt indivise de Haguenau est copropriété à parts égales de la ville de Haguenau et de l'Etat.

"L'Histoire a permis à cette forêt de passer de l'écran à l'écrin". Christian Michalak, Sous-Préfet de Haguenau-Wissembourg, Président du comité de pilotage Haguenau, Forêt d'Exception®.

Deux essences de bois remarquables

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Grumes de chênes de qualité © Noémie Renaud-Goud / ONF

Avec environ 50.000 m3 de bois mobilisés chaque année, la forêt de Haguenau constitue un bassin d'emploi significatif dans le territoire. Toutefois, la production de bois a quasiment été divisée par deux depuis la tempête de 1999. Aujourd'hui, les volumes mobilisés alimentent une filière de proximité mais aussi extra régionale car la forêt offre des produits spécifiques.

En effet, les spécificités génétiques de certaines essences d'arbres adaptées au sol et au climat de la région constituent la renommée de la forêt. Les chênes atteignent des qualités et des diamètres exceptionnels dans leurs milieux de prédilection. Ils sont alors fortement recherchés pour la tonnellerie. Si la moitié du volume de bois de la forêt est destiné à la filière énergétique et industrielle, la vente de chênes de qualité représente 30% des recettes pour seulement 5% des volumes.

Le pin sylvestre de Haguenau possède quant à lui des caractéristiques forestières reconnues. Très à l'aise sur des terrains acides et pauvres de plaine, il se distingue par un taux de croissance nettement plus rapide que celle des essences de montagne pour une grande qualité du bois produit. Il est ainsi devenu un emblème de la forêt.

La forêt a fortement été touchée par l'ouragan Lothar du 26 décembre 1999. 4 700 hectares couverts majoritairement de pin sylvestre ont été détruits, soit 800 000 m³ de bois, l'équivalent de dix années de récolte. Environ 35 % du couvert forestier ont été touchés, particulièrement dans la partie est de la forêt.

Outre le bois, la forêt de Haguenau a fourni de tous temps d'autres ressources aux populations limitrophes expliquant ainsi le lien historique entre l'Homme et la forêt. Les carrières d'argiles de la forêt sont notamment à l'origine du développement de la poterie traditionnelle dans les villages de Betschdorf et Soufflenheim. La forêt est également située sur l'un des plus anciens champs pétrolifères du monde (celui de Pechelbronn) exploité aux XVIIIe et XIXe siècles.

Un fort potentiel pour l'accueil du public

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La chapelle Saint Arbogast sur l'aire du Gros Chêne © Christèle Gernigon / ONF

La forêt indivise de Haguenau constitue l'un des points forts de l'offre touristique de la Ville et de l'Alsace du nord. Sa position entre deux bassins de population situés de part et d'autre du Rhin (Haguenau et Karlsruhe), impose aux acteurs du territoire de donner une dimension transfrontalière à la fonction d'accueil de la forêt.

Forêt de plaine, parcourue de surcroit par un maillage dense de routes forestières et de sentiers, elle est facilement accessible pour tous types de publics.

Une grande partie de la fréquentation se concentre actuellement sur le site du Gros Chêne. L'une des actions du projet consiste à développer les lieux d'accueil alentours. Un important réseau de sentiers de randonnée, de pistes cyclables traversant le massif, et d'autres aires d'accueil est développé.

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