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Cigognes noires : les actions menées en Afrique

L'aire d'hivernage est désormais connue

L'ouest de l'Afrique se trouve être un site d'hivernage privilégié pour une partie des cigognes nicheuses en Europe.

Le suivi satellitaire de quelques cigognes noires entre 1995 et 2000 a permis de suivre le déplacement de 27 d'entre elles en migration depuis la Belgique, la France et le Luxembourg (14 adultes, 6 immatures et 7 juvéniles).

On a ainsi pu préciser l'aire d'hivernage des cigognes noires qui nichent en Europe occidentale. Entre 10° et 16° de latitude nord figurent deux régions à forte concentration :

  1. l'une comprenant le Nord Sénégal, le sud-ouest du Mali, le sud de la Mauritanie
  1. l'autre comprenant le Burkina-Faso, le sud est du Mali, la Côte d'Ivoire, le nord du Togo, le Ghana, le Bénin et le Niger.
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Illustration © Paul Brossault / ONF

A l'abri de l'activité humaine

Ces régions occupent un vaste territoire qui, d'après les données Argos accumulées depuis 5 années, est limité à l'ouest par le delta du fleuve Sénégal et à l'est par le lac Kainji sur le fleuve Niger.

Les principaux sites fréquentés sont des réserves cynégétiques ou des parcs nationaux : 3 millions d'ha (la surface de la Belgique) bénéficient ainsi d'un véritable statut permettant la mise en œuvre d'une protection spécifique.
Dans les autres zones, la cigogne est confrontée à l'activité humaine par la présence de cultures et de bétail sur les bords d'oueds.

Insolite : une appropriation du territoire différente selon l'âge des individus

La dispersion des individus sur cette zone paraît s'opérer selon leur âge : avant de se fidéliser aux meilleurs sites, les jeunes passent leur(s) premier(s) hiver(s) à explorer la savane en quête de nourriture.

L'arrivée de la cigogne annonce la fin de la saison des pluies

Le comportement des cigognes en Afrique est lié à l'évolution des points d'eau
Le comportement des cigognes en Afrique est lié à l'évolution des points d'eau © Damien Chevallier / IRD

Ces pays connaissent une pluviométrie de 200 à 1.000 mm/an, des régions subsahéliennes aux régions sud.

La cigogne noire reste un emblème ethno-climatologique, puisque son arrivée signale la fin de la saison des pluies et la mise en place de l'agriculture sur les points d'eau qui s'assèchent.

L'avancement de la saison sèche qui conduit au recul progressif des cours d'eau vers les rivières principales, conditionne les déplacements des oiseaux.

Un comportement adapté au climat

Le comportement journalier de la Cigogne noire, observé au Ranch de Nazinga au Burkina Faso, est très différent de ce que l'on connaît en Europe. De 5h30 du matin et jusqu'à ce que la chaleur devienne insupportable, l'activité principale est la pêche, qui ne reprendra qu'en fin d'après-midi avant le coucher du soleil, en groupe. La journée, quand la cigogne ne vole pas, on la retrouve perchée sur de grands arbres. Les cigognes se rassemblent pour la nuit sur les baobabs.

Le saviez-vous ? La Cigogne noire est rare aussi en Afrique

Le dénombrement des oiseaux d'eau en Afrique, coordonné depuis 1991 par Wetlands International, a permis d'identifier 254 espèces dans 30 pays, dont 314.790 cigognes et seulement 581 cigognes noires !

Bien qu'il y ait encore un manque évident de matériel et de personnel pour réaliser ce dénombrement, ces premiers chiffres ne souligneraient-ils pas la rareté de l'espèce sur l'ensemble de l'Afrique ?

La cigogne noire au Bénin

Les premiers travaux d'inventaires ornithologiques, très récents (1996), ont permis de confirmer la présence de 3 espèces de cigognes : la Cigogne blanche (Ciconia ciconia), la Cigogne d'Abdim (Ciconia abdimii) et la Cigogne épiscopale (Ciconia episcopus).

Le suivi satellitaire de la Cigogne noire initié en Europe, a débouché sur la cartographie des zones potentielles qu'elle fréquente pendant l'hiver : nord-est du Parc national du W, et vallée du Niger (nord-est du Bénin).
En 2000, sa population a pu ainsi enfin être estimée à 20 individus. Mais des menaces pèsent sur l'espèce...

Au Togo, l'espèce est protégée

Les dénombrements entrepris en collaboration avec l'organisme Oiseaux migrateurs du Paléartique occidental (Ompo) et Wetlands International, a débouché sur une meilleure appréciation des populations d'oiseaux dans le pays.

On a compté 20 individus en 1999 et peut-être près du double en 2000, mais il reste encore des régions qui n'ont pas été prospectées. Leur habitat en zone humide subit les mêmes menaces que celles constatées dans les autres pays d'hivernage.

Des mesures ont déjà été prises comme l'interdiction de son prélèvement, conformément aux textes togolais de protection. Tout le monde connaît et respecte la Cigogne noire...cet oiseau que l'on croit mort pendant la saison sèche !

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